Un an avec SailfishOS

2020/11/28

Categories: téléphonie Tags: android sailfishos linux

Introduction

SailfishOS est un système d’exploitation mobile basé sur Linux. C’est aujourd’hui l’une des rares alternatives à Android et iOS sur le marché des smartphones.

Cet article est un retour d’expérience d’un Sony Xperia X sous SailfishOS que j’ai utilisé comme smartphone principal pendant l’année 2019.

Le Sony Xperia X n’a pas été choisi par hasard, puisqu’il s’agit de l’un des smartphones officiellement supportés par SailfishOS. Il est disponible aux alentours de 70€ sur internet en occasion (j’ai acheté le mien sur aliexpress pour 90€ début 2019).

SailfishOS et Jolla

Jolla est une entreprise finlandaise créée par d’anciens employés de Nokia. La décision de Nokia de se concentrer sur la plateforme Windows Phone suite à son rachat par Microsoft en 2011 a poussé l’équipe travaillant sur le Nokia N9 et son système d’exploitation Meego à créer leur propre entreprise.

SailfishOS, basé sur Meego, hérite de certains de ses atouts. L’ergonomie est comme son prédécesseur entièrement gestuelle, sans boutons logiciels ou physiques (exceptée le bouton de mise en marche et les boutons de volume).

Après avoir sorti des appareils conçus spécifiquement pour SailfishOS (Jolla Phone en 2013, Jolla Tablet en 2014 et Jolla C en 2016), Jolla décide de se concentrer sur le logiciel et de fournir SailfishOS sur des appareils d’autres constructeurs. Jolla nomme la version de SailfishOS officiellement supportée Sailfish X.

Il est aussi possible de compiler SailfishOS pour n’importe quel appareil mais les résultats ne sont pas garantis. Le code source d’un certain nombre des composants de SailfishOS est disponible ici.

Le modèle économique de Jolla est basé sur un système de licence. SailfishOS est gratuit mais il faudra débourser 50€ par appareil pour accéder aux fonctionnalités suivantes :

Jolla décrit la version gratuite comme “version d’évaluation” mais il n’y a aucune limitation à part l’absence des fonctionnalités de la version payante. Cette version d’évaluation est utilisable sans limite de temps et a les mêmes mises à jour que la version payante.

Aujourd’hui, Jolla supporte officiellement SailfishOS pour les appareils suivants :

L’achat d’une licence ou le téléchargement des versions d’évaluation est possible sur la boutique Jolla.

La communauté SailfishOS est principalement active sur les forums together.jolla.com et forum.sailfishos.org.

Installation

L’installation de SailfishOS sur les téléphones officiellement supportés est documentée sur cette page. Elle n’est pas à la portée du grand public mais les technophiles et habitués des ROM customs Android s’y retrouveront.

Présentation

Interface

Un des points forts de SailfishOS est son interface. L’interface se distingue par son design épuré et minimaliste ainsi que son ergonomie. Uniquement gestuelle, elle ne nécessite pas de boutons physiques ou logiciels. Révolutionnaire à l’époque du Nokia N9, cette ergonomie a depuis été reprise par Android et iOS.

Ainsi, SailfishOS est manipulable par des gestes :

Page d’accueil

La page d’accueil est organisée en tuiles. À chaque application lancée, une nouvelle tuile apparaît sur la page d’accueil. Cela permet de retrouver facilement toutes les applications lancées.

Chaque tuile affichera un aperçu de l’application, permettant à celle-ci d’afficher des informations supplémentaires. Par exemple, l’application mail affichera le nombre de mails non-lus, l’application horloge l’heure, l’application calendrier la date et les prochains évènements, etc.

Les applications utilisant la couche de compatibilité Android afficheront seulement l’aperçu de l’application.

Un appui long sur une tuile permet d’entrer dans un mode qui autorise la réorganisation des tuiles et la fermeture des applications en cours (icône de croix). Dans ce mode, un balayage vers le bas permet d’afficher une option pour fermer toutes les applications en cours. À noter qu’il n’est pas possible de changer le lanceur d’applications sur SailfishOS, contrairement à Android.

Ambiances

Le thème de l’interface est organisé autour “d’ambiances”, qui agissent comme des profils définissant un certain nombre de paramètres :

Il sera ainsi possible de créer des profils “Travail”, “Maison”, “Vacances”, etc. avec des fonds d’écrans et des modes de sonnerie distincts. Même s’il n’est pas possible de paramétrer l’activation automatique de ces ambiances, il est possible d’ajouter un raccourci dans le tiroir des raccourcis.

Tiroir des applications (en bas)

Le tiroir des applications affiche sous forme de listes toutes les applications installées. Un des petits défauts réside dans sa pagination qui n’est pas progressive, le défilement de la liste ne se faisant que page par page.

Il est possible de changer l’apparence des icônes grâce à l’application UI Themer et aux packs d’icônes disponibles sur le store SailfishOS.

Tiroir des raccourcis (en haut)

En balayant l’écran de haut en bas en partant du bord de l’écran, on peut afficher le tiroir des raccourcis. À noter que les notifications n’y sont pas présentes.

Ce menu supérieur est assez personnalisable, puisqu’il est possible de modifier les trois groupes de raccourcis : de haut en bas les interrupteurs (Wifi, Bluetooth, VPN, NFC, etc.), les barres de défilement (luminosité et volume) et les raccourcis (raccourcis vers un paramètre, raccourcis d’applications, etc.). Il est aussi possible d’ajouter des raccourcis vers des ambiances.

Notifications (sur les côtés, défilement infini avec la page d’accueil)

Les notifications sont présentes sur une vue à part, accessibles depuis l’écran d’accueil en balayant l’écran vers la droite ou vers la gauche depuis celui-ci. Cette vue possède aussi un widget météo.

Paramètres

Usage

À l’usage, SailfishOS est fluide et réactif. Le multi-tâche fonctionne très bien, et les applications ne se rechargent que lorsqu’un grand nombre d’applications est ouvert. Notons que les applications tournant en mode de compatibilité avec Android sont plus gourmandes en mémoire vive.

Néanmoins on peut citer le lecteur d’empreintes qui est moins réactif que sous Android, et le gps qui met parfois beaucoup de temps à trouver la position.

Applications natives

La situation des applications est délicate. Le nombre d’applications natives est évidemment très faible comparé à Android et iOS. En revanche, on peut compter un nombre important de développeurs par rapport aux nombre d’utilisateurs de SailfishOS (très certainement dû à la démographie des utilisateurs de SailfishOS, souvent des développeurs), et de nouvelles applications sont ajoutées régulièrement.

Parmi les applications disponibles, il n’y a aucun des services propriétaires qui dominent le marché. Pas de Twitter, Discord, Whatsapp, Skype ou encore Snapchat. Il est potentiellement possible d’utiliser la version Android si vous avez la version payante de SailfishOS, mais le bon fonctionnement n’est pas garanti (voir plus bas).

En revanche, si vous avez une installation auto-hébergée et que vous stockez vos documents sur Nextcloud, que vous écoutez votre musique sur un serveur Subsonic et que vos mots de passe sont stockés sur un gestionnaire de mots de passe respectant le format Keepass, vous serez beaucoup mieux servi. À noter que la grande majorité des applications natives sont libres et opensource.

Applications par défaut

Les applications installées par défaut sont toutes de qualité très correcte et on ne ressent aucun manque dans le cadre d’une utilisation simple d’un téléphone (SMS, appel, mail, navigation internet).

Mail

L’application mail supporte le multi-comptes, je n’ai eu aucun problème à me connecter à plusieurs adresses mail d’hébergeurs différents.

Messagerie

L’application SMS fonctionne correctement, en revanche il n’y a pas de fonctionnalité de sauvegarde/restauration des messages facilement accessible.

Le navigateur par défaut est assez lent mais reste convenable. Les fonctionnalités sont peu nombreuses mais l’essentiel est là, comme le multi-onglets ou la gestion des favoris.

Clavier

Contrairement à Android et iOS, il n’est pas possible de changer l’application du clavier. Le nombre de dispositions est assez faible mais l’AZERTY ou le QWERTY sont disponibles. En revanche, pas de disposition plus prisée des développeurs comme le BÉPO ou le DVORAK. La saisie prédictive (uniquement pour la version payante deSailfishOS) est appréciable mais manque parfois de précision en français.

Il est possible d’installer via Openrepos des dispositions supplémentaires, ajoutant par exemple la ligne numérique en haut.

Documents

L’application Documents permets de lire des pdfs. Elle permet aussi l’affichage de la table des matières, ou encore de rechercher du texte ou d’ajouter/supprimer des annotations.

Téléphone

L’application téléphone est tout ce qu’il y a de plus classique.

Boutique

L’application Boutique permet de télécharger des applications compatibles avec SailfishOS. Il est possible de rechercher des applications par nom, d’afficher les applications par date de mise à jour ou encore d’afficher les applications les mieux notées.

Applications du store

Storeman

Le store par défaut est tout à fait suffisant, mais certaines applications et modifications plus avancées ne sont disponibles que via Storeman, un store alternatif à télécharger sur Openrepos.net. Openrepos.net est un dépôt alternatif d’applications présent depuis l’époque de Meego. Celui-ci permet la publication d’applications sans avoir à demander l’autorisation de Jolla.

C’est uniquement via Storeman qu’il est possible de trouver de nouvelles dispositions du clavier.

Quickddit

Quickddit est un client reddit disponible via openrepos.net et le store officiel.

C’est un excellent client reddit proposant de nombreuses fonctionnalités comme le support du multi-comptes ou l’intégration audio/vidéo de la plupart des services utilisés sur reddit (v.reddit, youtube, i.reddit ou encore imgur).

Pure Maps

Pure Maps est une application de navigation uniquement disponible sur Openrepos. L’expérience de navigation est très correcte, équivalente à celle qu’on peut trouver sur OsmAnd sur Android par exemple.

SysMon

Petite application disponible uniquement via Openrepos qui permet d’afficher les courbes des statistiques suivantes :

Il est aussi possible de paramétrer l’intervalle de temps à afficher, sur quelques heures ou même plusieurs jours.

Autres applications

On peut aussi mentionner les applications suivantes :

Il existe aussi une application terminal accessible en activant les outils de développement dans les paramètres. Malheureusement l’accès à des outils en ligne de commandes est assez restreint et beaucoup moins complet que ce que l’on trouve déjà sur Android (avec par exemple Termux, UserLAnd ou Linux Deploy).

Compatibilité Android

La compatibilité Android est évidemment une fonctionnalité phare de SailfishOS. C’est une fonctionnalité payante mais qui peut s’avérer être la différence entre un smartphone utilisable ou non pour certains utilisateurs.

La compatibilité est permise par une machine virtuelle propriétaire développée par Jolla, et implémente le SDK d’Android 4.4.4 pour le Xperia X, et le SDK d’Android 8.1 pour les autres téléphones de Sony supportés (séries XA2 et 10). Il est regrettable que Jolla ait artificiellement verrouillé les Sony Xperia X, ceux-ci étant tout à fait capable de faire tourner la version 8.1 du SDK.

Voici les applications Android que j’utilise sous SailfishOS :

Le téléchargement des applications peut se faire via des sites internet proposant des fichiers APKs (comme APKMirror) ou via F-Droid.

Selon le site de Jolla, la plupart des applications Android fonctionnent mais celles nécessitant les services Google Play ne fonctionneront sans doute pas.

Des informations complémentaires est disponible sur ce sujet de la communauté together.jolla.com. Selon les retours utilisateurs, on y apprend que Dropbox, Facebook, Microsoft OneDrive ou encore Netflix seraient compatibles.

À noter que le système de fichiers Android est présent dans un dossier nommée android_storage à la racine de la mémoire du téléphone.

Conclusion

SailfishOS reste destiné à un public averti. On ne peut le considérer comme une alternative crédible à Android et à iOS pour le grand public. Mais pour les technophiles aimant la bidouille et cherchant absolument à se défaire de Google ou d’Apple, SailfishOS propose une expérience rafraîchissante. Dotée d’une interface originale la plateforme pêche par un manque d’applications grand public.

En alternative, on peut aussi citer Ubuntu Touch, Plasma Mobile ou encore postmarketOS, qui sont prometteurs malgré un degré de finition moindre (la plupart de ces OS mobiles alternatifs ne permettent pas encore de passer des appels téléphoniques).

J’ai personnellement fait le choix de revenir à Android, plus précisement LineageOS sans services Google Play (ni GApps ni microG), en n’utilisant que des applications provenant de F-Droid.

Avantages de SailfishOS

Inconvénients de SailfishOS

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